Inégalités classiques pour le concours général de mathématiques

AM-GM, Cauchy-Schwarz, Bernoulli : démonstrations complètes et exercices corrigés — fiche méthode gratuite, niveau terminale spécialité maths.

Les inégalités sont l'un des thèmes les plus récurrents du concours général de mathématiques et des olympiades : presque chaque session en contient une, souvent déguisée au cœur d'un problème d'optimisation ou d'encadrement. Pourquoi ce succès auprès des jurys ? Parce qu'une inégalité bien menée exige à la fois une maîtrise technique parfaite et une réelle créativité dans le choix de l'outil. Cette fiche s'adresse aux élèves de terminale en spécialité mathématiques qui visent le concours général ou les olympiades nationales et internationales. Elle présente les trois inégalités à connaître absolument, avec leurs démonstrations complètes, puis trois exercices corrigés de difficulté progressive. Travaillez-la stylo en main : refaites chaque démonstration avant de la lire.

Cette fiche vous plaît ? Imaginez une préparation entière construite ainsi.

Cours Gauss prépare au concours général en petites classes en visioconférence (3 à 12 élèves, 30 €/h), avec corrections détaillées de vos copies par un professeur agrégé.

Découvrir la préparation

Les trois inégalités à connaître absolument

a) Inégalité des moyennes arithmétique et géométrique (AM-GM)

Énoncé. Pour tous réels strictement positifs a₁, a₂, …, aₙ :
(a₁ + a₂ + … + aₙ) / n ≥ (a₁ a₂ … aₙ)1/n

avec égalité si et seulement si a₁ = a₂ = … = aₙ. Autrement dit : la moyenne arithmétique est toujours supérieure ou égale à la moyenne géométrique.

Démonstration pour n = 2. Soient a, b > 0. On veut montrer que (a + b)/2 ≥ √(ab). Or :

(a + b)/2 − √(ab) = (a − 2√(ab) + b)/2 = (√a − √b)² / 2 ≥ 0

car un carré est toujours positif. L'inégalité est donc établie. Il y a égalité si et seulement si (√a − √b)² = 0, c'est-à-dire √a = √b, soit a = b. ∎

Le cas général (récurrence de Cauchy, idée). On démontre d'abord l'inégalité pour n = 2, puis on montre que si elle est vraie pour n, elle est vraie pour 2n (en regroupant les variables deux par deux), et enfin qu'elle se « redescend » : si elle est vraie pour n + 1, elle est vraie pour n (en appliquant l'hypothèse aux n nombres complétés par leur moyenne arithmétique). Cette remarquable démonstration, dite récurrence de Cauchy, peut être admise au concours à condition d'être citée proprement ; la retenir est néanmoins un excellent entraînement.

Exemple d'application. Montrons que pour x > 0, x + 1/x ≥ 2. Par AM-GM avec a = x et b = 1/x : (x + 1/x)/2 ≥ √(x · 1/x) = √1 = 1, donc x + 1/x ≥ 2, avec égalité si et seulement si x = 1/x, c'est-à-dire x = 1.

b) Inégalité de Cauchy-Schwarz

Énoncé. Pour tous réels a₁, …, aₙ et b₁, …, bₙ :
(a₁b₁ + a₂b₂ + … + aₙbₙ)² ≤ (a₁² + … + aₙ²)(b₁² + … + bₙ²)

avec égalité si et seulement si les familles (aᵢ) et (bᵢ) sont proportionnelles, c'est-à-dire s'il existe un réel λ tel que bᵢ = λaᵢ pour tout i (ou si tous les aᵢ sont nuls).

Démonstration (via le trinôme). Fixons les réels aᵢ et bᵢ, et considérons, pour tout réel t :

P(t) = Σᵢ (aᵢt + bᵢ)² = t² Σ aᵢ² + 2t Σ aᵢbᵢ + Σ bᵢ²

Comme P(t) est une somme de carrés, on a P(t) ≥ 0 pour tout réel t. Le trinôme P(t) ne change donc pas de signe : son discriminant est négatif ou nul. Ce discriminant vaut :

Δ = (2 Σ aᵢbᵢ)² − 4 (Σ aᵢ²)(Σ bᵢ²) ≤ 0

ce qui donne, après division par 4, exactement l'inégalité annoncée : (Σ aᵢbᵢ)² ≤ (Σ aᵢ²)(Σ bᵢ²). ∎

Cas d'égalité. Δ = 0 signifie que P admet une racine double t₀, c'est-à-dire P(t₀) = Σ (aᵢt₀ + bᵢ)² = 0. Une somme de carrés nulle impose aᵢt₀ + bᵢ = 0 pour tout i, soit bᵢ = −t₀ aᵢ : les familles sont proportionnelles. Réciproquement, si bᵢ = λaᵢ pour tout i, l'égalité est immédiate par substitution. ∎

Exemple d'application. Montrons que pour tous réels x, y, z : (x + y + z)² ≤ 3(x² + y² + z²). Appliquons Cauchy-Schwarz aux familles (x, y, z) et (1, 1, 1) : (x·1 + y·1 + z·1)² ≤ (x² + y² + z²)(1² + 1² + 1²) = 3(x² + y² + z²). Cette inégalité, d'une utilisation permanente au concours, relie la somme et la somme des carrés.

c) Inégalité de Bernoulli

Énoncé. Pour tout entier naturel n ≥ 1 et tout réel x > −1 :
(1 + x)ⁿ ≥ 1 + nx

avec égalité si et seulement si n = 1 ou x = 0.

Démonstration (par récurrence). Pour n = 1, l'inégalité (1 + x)¹ ≥ 1 + x est une égalité : la propriété est vraie.

Supposons la propriété vraie au rang n ≥ 1, c'est-à-dire (1 + x)ⁿ ≥ 1 + nx pour tout x > −1. Comme x > −1, on a 1 + x > 0, ce qui permet de multiplier l'inégalité par (1 + x) sans en changer le sens :

(1 + x)ⁿ⁺¹ ≥ (1 + nx)(1 + x) = 1 + x + nx + nx² = 1 + (n + 1)x + nx² ≥ 1 + (n + 1)x

car nx² ≥ 0. La propriété est donc vraie au rang n + 1 : par récurrence, elle est vraie pour tout n ≥ 1. Pour n ≥ 2, l'inégalité est stricte dès que x ≠ 0 puisque nx² > 0. ∎

Exemple d'application. Montrons que pour tout entier n ≥ 1, 2ⁿ ≥ n + 1. Il suffit d'appliquer Bernoulli avec x = 1 : (1 + 1)ⁿ ≥ 1 + n·1, soit 2ⁿ ≥ n + 1. De même, (1 + 1/n)ⁿ ≥ 2 pour tout n ≥ 1, première étape classique de l'étude de la suite définissant le nombre e.

Trois exercices corrigés niveau concours général (progressifs)

Exercice 1 (échauffement)

Énoncé. Soient a, b, c trois réels strictement positifs. Montrer que (a + b)(b + c)(c + a) ≥ 8abc. Déterminer les cas d'égalité.

Correction. Appliquons l'inégalité AM-GM à deux variables à chacune des trois sommes :

a + b ≥ 2√(ab), avec égalité si et seulement si a = b ;
b + c ≥ 2√(bc), avec égalité si et seulement si b = c ;
c + a ≥ 2√(ca), avec égalité si et seulement si c = a.

Ces trois quantités sont strictement positives ; en multipliant les trois inégalités membre à membre :

(a + b)(b + c)(c + a) ≥ 2√(ab) · 2√(bc) · 2√(ca) = 8 √(a²b²c²) = 8abc

car √(a²b²c²) = abc (les nombres sont positifs). Il y a égalité si et seulement si les trois égalités ont lieu simultanément, c'est-à-dire a = b = c. ∎

Exercice 2 (intermédiaire)

Énoncé. Soient a, b, c trois réels tels que a + b + c = 1. Montrer que a² + b² + c² ≥ 1/3. Déterminer les cas d'égalité.

Correction. Appliquons l'inégalité de Cauchy-Schwarz aux familles (a, b, c) et (1, 1, 1) :

(a + b + c)² ≤ (a² + b² + c²)(1² + 1² + 1²) = 3(a² + b² + c²)

Comme a + b + c = 1, le membre de gauche vaut 1, d'où 1 ≤ 3(a² + b² + c²), c'est-à-dire a² + b² + c² ≥ 1/3.

Le cas d'égalité dans Cauchy-Schwarz exige la proportionnalité de (a, b, c) et (1, 1, 1), c'est-à-dire a = b = c. La contrainte a + b + c = 1 impose alors a = b = c = 1/3, et on vérifie : 3 × (1/3)² = 3 × 1/9 = 1/3. ∎

Remarque méthode. Cet exercice illustre un réflexe fondamental : dès qu'une condition linéaire (sur les sommes) cohabite avec une quantité quadratique (sur les carrés), Cauchy-Schwarz avec la famille (1, 1, …, 1) est l'outil à essayer en premier.

Exercice 3 (classique du concours : inégalité de Nesbitt)

Énoncé. Soient a, b, c trois réels strictement positifs. Montrer que a/(b + c) + b/(a + c) + c/(a + b) ≥ 3/2. Déterminer les cas d'égalité.

Correction. Posons S = a/(b + c) + b/(a + c) + c/(a + b). La démonstration repose sur deux idées : une réécriture astucieuse de S, puis l'inégalité de Cauchy-Schwarz.

Étape 1 : une réécriture de S. Remarquons que pour chaque terme, a/(b + c) + 1 = (a + b + c)/(b + c). En sommant les trois égalités analogues :

S + 3 = (a + b + c) · (1/(b + c) + 1/(a + c) + 1/(a + b))

Étape 2 : minoration de la somme des inverses. Appliquons l'inégalité de Cauchy-Schwarz aux familles (√(b + c), √(a + c), √(a + b)) et (1/√(b + c), 1/√(a + c), 1/√(a + b)) : le membre de gauche du produit vaut (1 + 1 + 1)² = 9, et la première parenthèse du membre de droite vaut 2(a + b + c). On obtient donc :

1/(b + c) + 1/(a + c) + 1/(a + b) ≥ 9 / (2(a + b + c))

Étape 3 : conclusion. En reportant dans l'étape 1 (le facteur a + b + c est strictement positif) : S + 3 ≥ (a + b + c) · 9 / (2(a + b + c)) = 9/2, d'où S ≥ 9/2 − 3 = 3/2. ∎

Cas d'égalité. L'égalité dans Cauchy-Schwarz (étape 2) exige la proportionnalité des deux familles, c'est-à-dire l'existence de λ avec 1/√(b + c) = λ√(b + c), et de même pour les deux autres : cela impose b + c = a + c = a + b, d'où a = b = c. Réciproquement, si a = b = c, alors S = 3 × a/(2a) = 3/2. Le cas d'égalité de Nesbitt est donc exactement a = b = c. ∎

Remarque méthode. L'inégalité de Nesbitt est le résultat le plus classique des olympiades. Retenez les deux mécanismes de la preuve : l'ajout de 1 à chaque fraction pour faire apparaître le facteur commun a + b + c, et l'estimation d'une somme d'inverses par Cauchy-Schwarz. Une autre preuve standard consiste à appliquer AM-GM aux six termes b/a, a/b, c/a, a/c, c/b, b/c après avoir écrit S sous forme adaptée.

Conseils de rédaction le jour de l'épreuve

  1. Annoncez toujours le nom de l'inégalité utilisée. Écrivez « par l'inégalité de Cauchy-Schwarz appliquée aux familles … » avant de dérouler le calcul. Le correcteur du concours général valorise la justification autant que le résultat.
  2. Vérifiez les conditions d'application. AM-GM exige des nombres positifs (ou nuls). Une ligne « comme a, b, c > 0, l'inégalité s'applique » sécurise votre raisonnement.
  3. Traquez le cas d'égalité. Une question du type « déterminer le minimum » n'est complète que si vous exhibez le cas d'égalité et vérifiez qu'il est atteint. Un minorant non atteint n'est pas un minimum.
  4. Testez vos inégalités sur des valeurs simples. Avant de rédiger, essayez a = b = c = 1 : si l'inégalité est fausse dans ce cas, vous avez fait une erreur d'orientation. C'est un garde-fou de dix secondes qui sauve des points.
  5. Préférez la chaîne courte. Au concours, une démonstration de trois lignes avec la bonne inégalité vaut mieux qu'une étude de fonction d'une page. Si vous bloquez, revenez aux trois outils de cette fiche : 90 % des inégalités de concours s'y ramènent.

Pour aller plus loin

Vous avez les outils ; il faut maintenant de la pratique encadrée. Cours Gauss, institut de préparation fondé par Brice Gruber, professeur agrégé de mathématiques, propose une préparation complète au concours général en petites classes en visio : séances de méthode, sujets d'entraînement corrigés, et suivi individualisé pour progresser sur les inégalités comme sur tous les grands thèmes de l'épreuve.

Envie d'aller plus loin ?

Rejoignez une préparation encadrée, ou explorez nos autres ressources en accès libre.

Demander un entretien préalable Toutes les ressources gratuites

Questions Fréquentes

Vous avez toujours des questions ?

Comment s'inscrire ?

Contactez-nous via le formulaire de pré-inscription ou par e-mail. Nous échangeons ensemble sur le niveau et les objectifs de l’élève, puis nous vous proposons le cours ou le stage le plus adapté.

Les séances ont lieu avec le professeur devant un tableau blanc, face caméra HD. Les élèves sont idéalement munis d’un visualiseur de documents ou d’une webcam pour bénéficier de corrections personnalisées. Les classes comptent de 3 à 12 élèves, ce qui laisse à chacun le temps de participer.

Un cours de 2 heures par semaine, toute l’année scolaire, placé sur mesure dans l’emploi du temps de l’élève. Des cours individuels sont également possibles, selon la convenance et le besoin de l’élève.

Pendant les vacances scolaires, les stages réunissent les élèves à raison de 5 séances de 3 heures sur une semaine, pour approfondir une thématique de concours de manière concentrée.

30 € de l’heure en cours collectif et 80 € de l’heure en cours individuel. 

Le règlement s’effectue par virement bancaire, une fois les cours terminés. Toutes les informations nécessaires vous sont communiquées lors de l’inscription.